ARTICLE//ILLUSTRATION – PORTRAIT DE NIKI DE SAINT PHALLE

NIKI DE SAINT PHALLE – PORTRAIT

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L’ART BRUTAL DE NIKI DE SAINT PHALLE

Niki De Saint Phalle est une artiste pluridisciplinaire et autodidacte née à Neuilly Sur Seine en 1930 et morte en Californie en 2002. Avant d’aborder les particularités du monument artistique qu’elle a érigé, il faut d’abord dresser le portrait du contexte familial qui l’a fait naitre, son œuvre étant intrinsèquement nourrie par l’histoire de sa vie. Elles sont en réalité indissociables. Issue d’une famille noble, ruinée durant les années 30, Niki est ballotée entre les différents îlots familiaux et passe sont enfance entre les Etats-Unis et la France. Elle est naufragée entre ces deux cultures, et naviguera entre deux continents tout au long de sa vie. Le contexte familial est lourd et Niki décide très tôt de s’affranchir de l’influence familiale. Elle choisit l’autodétermination. Elle rejette son père, sa violence et l’incestueux secret qu’elle révèlera dans un livre à l’âge de 64 ans (elle a été abusée à l’âge de 11 ans). Elle craint aussi de devenir comme sa mère et fait tout pour se construire en opposition à l’instance matriarcale et aux représentations qu’elle incarne. Niki rêve d’être une héroïne, de faire la guerre à l’injustice et ne peut se résoudre à choisir parmi les modèles proposés. Elle les outrepassera tous, d’ailleurs, en se muant en un être hybride, capable d’endosser tous les rôles pour mieux s’en défaire : elle est une femme, une mère, un homme, une sainte et son contraire, une enfant et avant tout une artiste. Une artiste autodidacte qui ne sait ni peindre, ni dessiner et qui par conséquent est obligée de tout inventer. La beauté de l’iconographie crée par Niki, puise dans cette nécessité de peindre et qui donnera forme à un mythe poétique et lumineux, imparfait et vivant. Son œuvre est un exorcisme conscient qui la rend à la fois ultra personnelle et intemporelle.

« J’étais une femme en colère, mais nombre d’hommes et de femmes en colère ne deviennent pas artistes pour autant. Je suis devenue artiste parce qu’il n’y avait pas d’alternative pour moi- il ne m’a pas même fallu, par conséquent, prendre de décision. C’était mon destin. En d’autres temps, on m’aurait internée pour le restant de mes jours- mais ainsi, je n’ai passé qu’une très courte période sous stricte surveillance psychiatrique, subissant une dizaine d’électrochocs etc.. J’ai embrassé l’art comme ma délivrance et comme une nécessité. »

À l’hôpital elle apprend à traduire en peinture ses sentiments et cette violence qui la hante. Son art est brutal, tel que le décrit Dubuffet . L’art brut est l’« opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions. De l’art donc où se manifeste la seule fonction de l’invention, et non celles, constantes dans l’art culturel, du caméléon et du singe»

Naïveté picturale, mises en forme oniriques, figures symboliques issues des mythes. Son œuvre est riche et inclassable, elle puise ses formes dans une multitude de courants, mais ne s’y enferme jamais. Elle pioche dans l’expressionisme abstrait, invente des ciels « Pollock », joue avec les codes du Pop Art, approche la peinture méditative par de grands aplats puis s’en éloigne en leur tirant dessus. Ce sont ces séances de tirs qui la propulseront sur l’écran médiatique. Lors de ces performances, il s’agit littéralement de tirer sur les tableaux, les couleurs contenues dans des sacs crevés par les balles, dégoulinent et saignent sur la toile.Le public assiste à la mort et à la renaissance de la peinture et observe Niki tirer sur l’injustice.

« Au lieu de devenir une terroriste, je suis devenue une terroriste artistique »

Niki est une artiste militante, une héroïne à l’identité hybride. Son oeuvre est surtout jalonnée des représentations de la femme et de sa condition. D’abord la tristesse des « mariées », totems mortuaires, puis la violence des scènes d’accouchements sanguinolents, et la joie rayonnante des « Nanas » qui bondissent et écrasent les conceptions contemporaines de la beauté. Les Nanas n’incarnent plus cette féminité féroce des séances de tirs, elles expriment le principe féminin et son émancipation joyeuse, la légèreté de l’affranchissement et l’affirmation de l’artiste et le dépassement de sa condition de femme. Niki, ses Nanas et leur aspect monumental, les parcs qu’elle a peuplé de créatures géantes, quel égo !

Les Nanas sont l’aboutissement de cette vie de travail. Elles sont l’essence de Niki arrivée à un certain accomplissement, à l’acceptation de sa féminité. Les nanas sont asexuées, sans visage. Ni femme, ni fille, ni mère, ni épouse par le choix de n’être qu’artiste.